Elodie de Sélys est l’une de ces personnalités dont la prestance crève l’écran. En replongeant dans mes archives, je suis retombé sur ce reportage mémorable réalisé avec elle et son fils Côme. Pour l’occasion, nous avions transformé la suite Royale de l’Hôtel Conrad (devenu aujourd’hui le Steigenberger Icon Wiltcher’s) en un véritable plateau de cinéma. L’idée de cette session avec Elodie de Sélys ? Mettre en scène la vie d’une icône de la RTBF sous l’œil des paparazzi, entre luxe, calme et volupté.

Un studio de 350 mètres carrés au cœur de Bruxelles
Réaliser une séance avec Elodie de Sélys demandait un cadre à la mesure de son talent. Elle ne souhaitait pas faire ces photos chez elle, et comme souvent, le premier rôle du photographe est de trouver le décor idéal pour « commettre son crime ». Le choix du palace bruxellois s’est imposé naturellement. Nous avons investi la suite Royale du Steigenberger Wiltcher’s, un espace de 350 mètres carrés qui est devenu la plaine de jeux exclusive de toute mon équipe, d’Elodie et du petit Côme. L’endroit suggérait immédiatement une version « Star ». Nous avons poussé le concept à son paroxysme : garde du corps pour écarter les photographes malveillants, réception sous haute surveillance et dîner de gala en tête-à-tête. Travailler dans un tel cadre permet de sculpter la lumière avec une profondeur rare, typique des grands portraits de prestige.

Le luxe au service de l’insouciance
Le défi principal d’un tel shooting réside dans le rythme. Travailler avec un enfant de l’âge de Côme demande une adaptabilité constante. Entre les siestes impromptues et les pauses biberons, il faut savoir capturer l’instant de vérité. L’une des images les plus marquantes reste ce déjeuner dans la salle à manger de la suite. Elodie, élégante avec son pendentif Cartier, partage un moment de complicité tandis qu’un maître d’hôtel apporte, sous une cloche d’argent, le biberon de Côme. C’est ce décalage entre le protocole rigide du palace et la tendresse maternelle qui donne toute sa force au reportage.
Un stylisme signé par une future députée
Pour orchestrer ce look « casual chic », j’avais fait appel à une amie de longue date : Armelle. Si les citoyens la connaissent aujourd’hui comme députée wallonne pour Les Engagés, elle était à l’époque une figure incontournable du paysage médiatique et de la mode en Belgique.
Pendant de nombreuses années, Armelle a concilié sa carrière de présentatrice télé avec sa passion pour le stylisme et le relooking. Elle gérait sa propre boutique et organisait des ventes privées très courues sous le nom « Armelle G. ». Son sens du détail a été crucial pour accorder la marinière d’Elodie aux bijoux d’exception prêtés par Laurence de chez Cartier. Un mélange de simplicité et de haute joaillerie qui définit parfaitement l’esthétique du shooting.

De la mise en scène à l’émotion pure
Pour parfaire ce décor de rêve, nous avons pu compter sur la complicité d’Alain Serneels. Le célèbre magasin de jouets Serneels, institution mythique de l’avenue Louise située au pied de l’hôtel, nous avait confié des pièces magnifiques. Voir Elodie De Sélys assise sur le tapis épais de la suite Royale, entourée d’un train électrique et de peluches de luxe, permet de redescendre d’un cran dans l’artifice pour toucher à l’essentiel : le jeu.
Le reportage s’est terminé dans le calme, loin de l’agitation des « gardes du corps ». Sur une méridienne face à la lumière, j’ai pu saisir des moments de tendresse absolue, joue contre joue. C’est dans ces instants de silence, après le tumulte des flashs, que l’on capture la véritable essence d’une personnalité.

Un héritage visuel au Steigenberger Wiltcher’s
Des années après, revoir ces fichiers me rappelle à quel point le métier de portraitiste est lié à l’évolution des gens et des lieux. Le Conrad est devenu le Steigenberger, Armelle a troqué le stylisme pour les bancs du Parlement, mais la force de ces images reste intacte.
Ce grand écart permanent entre le faste d’un palace et la simplicité d’un regard maternel est ce qui rend la photographie si passionnante. Que ce soit pour les portraits officiels du Roi Philippe ou pour un shooting complice avec Julie Taton aux Maldives, l’exigence reste la même : sculpter la lumière pour révéler l’humain derrière la star.
