Il est des missions qui marquent une carrière et s’inscrivent durablement dans le patrimoine visuel d’une nation. Ma collaboration avec le prestigieux magazine américain Vanity Fair en 2003, pour un portfolio international consacré aux familles héritières d’Europe, demeure l’un de ces moments d’exception. À cette époque, j’ai eu l’honneur de proposer une vision artistique nouvelle de S.M. le Roi Philippe et S.M. la Reine Mathilde (alors Prince et Princesse de Belgique), capturant un instant charnière de l’histoire de notre Monarchie. Cette collaboration exclusive avec Vanity Fair International a marqué mon premier projet au sein du Palais Royal. Ce fut une expérience fondatrice qui a précédé d’autres moments historiques, comme la réalisation et le tirage d’exception du portrait officiel du Roi et de la Reine pour les 10 ans de règne.

Vanity Fair, l’exigence d’un regard international et le protocole
« À l’époque de cette collaboration, l’édition française de Vanity Fair n’avait pas encore vu le jour. C’est donc directement avec l’équipe de Vanity Fair International que j’ai eu le plaisir de coordonner cette séance au Palais Royal de Bruxelles. « Travailler pour un titre de l’envergure de Vanity Fair impose une rigueur artistique absolue, mais aussi une gestion parfaite des relations institutionnelles. Avant même que les tirages ne s’envolent pour New York, un processus rigoureux de sélection a été mis en place.
Il était primordial que chaque cliché respecte l’image de la Cour. J’ai donc eu le plaisir de voir quelques clichés des deux séries validées par le Palais Royal. Cette validation officielle est le gage d’un travail mené dans le respect des codes de la Couronne, permettant ensuite aux éditeurs iconographiques américains de choisir l’image qui illustrerait leur dossier spécial.
Vanity Fair, le choix de la rédaction : une double page historique à Laeken
C’est finalement l’image du pique-nique sur les pelouses de Laeken qui a été retenue par la rédaction de New York pour une double page. Il s’agissait d’une mise en scène que j’avais imaginée et soumise au Palais pour apporter une touche de fraîcheur et de naturel, tout en conservant la solennité inhérente au rang des Souverains.
Sur cette composition, avec la perspective emblématique des Serres Royales de Laeken en arrière-plan, on découvre une famille sereine. La présence de la jeune Princesse Elisabeth sur l’herbe, dans un cadre printanier, offrait au public international une image moderne et chaleureuse de la Belgique. Ce choix éditorial de Vanity Fair soulignait la volonté du magazine de rompre avec les portraits de cour trop rigides pour privilégier l’émotion et la composition esthétique.

L’archive inédite : l’apparat des galeries royales
Bien que la photo du pique-nique ait remporté les suffrages du magazine pour sa parution, une seconde série, tout aussi forte, a été réalisée dans les couloirs du Palais Royal de Bruxelles. Ce portrait de gala, également validé par le Palais à l’époque, et après avoir été envoyé à New York est resté une archive confidentielle que je suis fier de présenter aujourd’hui sur mon portfolio.
On y voit la Reine Mathilde, alors enceinte du Prince Gabriel, portant une robe de gala fuchsia dont la couleur vibre sous les dorures des galeries. La scène est rendue vivante par la Princesse Elisabeth qui, avec la spontanéité de l’enfance, tourne autour de ses parents. C’est ce contraste entre la majesté du lieu et la vie qui s’en dégage qui fait la force de cette série inédite. Pour un photographe, voir deux propositions artistiques aussi différentes être acceptées par une institution royale est une immense satisfaction professionnelle.
Le savoir-faire du tirage et la conservation
Réaliser de telles images n’est que la première étape. Pour que ces archives traversent les décennies, le travail sur le support est essentiel. À l’instar de mes travaux actuels comme pour les dix ans de règne, ces clichés de 2003 font l’objet d’une attention particulière lors de leur numérisation et de leur tirage.
L’utilisation de papiers Fine Art et le contrôle rigoureux de la colorimétrie permettent de redonner à ces archives la profondeur qu’elles méritent. Qu’il s’agisse d’une parution dans la presse internationale ou d’un tirage grand format destiné à un cadre de prestige dans une ambassade, la quête de perfection reste la même.
Un témoignage patrimonial et une relation de confiance
Avec le recul, ces photographies de 2003 sont devenues bien plus que des images de presse ; elles sont des témoignages patrimoniaux. Elles marquent le début d’une relation de confiance avec le Palais Royal, une fidélité qui me permet aujourd’hui de documenter l’histoire de nos institutions avec une vision artistique exigeante et respectueuse.
Être le témoin privilégié de l’évolution de la Famille Royale, du couple héritier aux Souverains d’aujourd’hui, est une responsabilité que j’honore à chaque nouveau déclenchement, en veillant toujours à ce que l’image finale soit à la hauteur du prestige de ses sujets.