Romelu Lukaku : Shooting mythique avant son envol pour Chelsea

Romelu Lukaku figure parmi ces rencontres marquantes qui, dans mon parcours de photographe professionnel à Bruxelles, prennent avec le recul une véritable dimension historique. Le samedi 21 mai 2011 est de ceux-là. À cette époque, le ciel de la capitale ne se doutait pas encore que le jeune prodige du Sporting d’Anderlecht s’apprêtait à conquérir l’Europe. Il n’était alors qu’un diamant brut que tout le continent s’arrachait déjà. J’ai eu l’immense privilège de réaliser l’un de ses tout premiers grands shootings « dignes de ce nom », quelques semaines seulement avant son envol pour le club de Chelsea.

Portrait vertical de Romelu Lukaku torse nu en salopette, tenant des jantes de voiture comme des haltères dans un garage SEAT.
La force brute : Romelu Lukaku utilisant des jantes en acier comme poids d’haltérophilie.

Romelu Lukaku, la puissance brute : L’acier et le colosse

Le projet, initié par Georges Dewulf (alors responsable presse chez SEAT), était ambitieux. Il fallait capturer l’essence de Romelu : sa force, sa jeunesse et son humilité. Nous avons débuté la journée dans l’ambiance industrielle et texturée d’un garage SEAT à Anderlecht.

L’image qui en résulte est devenue iconique pour ceux qui suivent sa carrière depuis ses débuts. J’ai voulu placer Romelu Lukaku dans un décor sans artifice, au milieu des voitures sur les ponts élévateurs, entouré d’outils et de métal. Vêtu d’une simple salopette de mécanicien, torse nu, il dégageait déjà une présence physique hors du commun. Pour souligner cette musculature herculéenne, nous avons utilisé des jantes en acier en guise de poids d’haltérophilie. Dans chaque main, Romelu soulevait ces masses de métal comme si elles ne pesaient rien, son regard concentré révélant déjà la détermination du champion qu’il allait devenir. Pour un photographe, sculpter la lumière sur une telle anatomie est un exercice de pur plaisir visuel.

Photo horizontale de Romelu Lukaku torse nu en salopette dans un garage, cadré à droite pour mise en page éditoriale.
Un cadrage large laissant place à la mise en page magazine de Paris Match et P-Magazine.

L’esthétique du sprint : Le « Blacklite » du Studio 202

La deuxième partie de la journée nous a conduits au Studio 202 à Ixelles, dans l’antre du plateau Blacklite. C’est ici que nous avons réalisé la série la plus graphique du reportage : le duel entre l’homme et la machine. Le concept était radical : une SEAT de course blanche immaculée, un fond de studio d’un noir absolu, et Romelu prêt à bondir. De profil, pieds nus, vêtu d’un simple short moulant, il se tenait sur la même ligne de départ que le bolide. Au volant de la voiture, une autre légende : le pilote Marc Duez. Techniquement, ce cliché était un défi fascinant qui demandait déjà cette maîtrise de la lumière et du portrait Fine Art pour gérer le contraste extrême entre la carrosserie blanche éclatante et la peau sombre de Romelu Lukaku, le tout se détachant sur une obscurité totale. Cette image, qui capture l’explosivité pure et la tension du départ, a fait l’objet d’une double page dans Paris Match. Voir son travail ainsi magnifié sur papier glacé, avec une telle envergure, est une belle récompense. Le reportage complet s’étalait sur dix pages, avec une accroche en couverture, preuve de la « Lukaku-mania » qui commençait à déferler.

Romelu Lukaku de profil, pieds nus en short, prêt à sprinter contre une voiture de course SEAT pilotée par Marc Duez.
Force humaine vs Puissance mécanique : Romelu Lukaku au départ face à Marc Duez.

Humour et complicité : Le permis de conduire d’un futur géant

Mais ce shooting n’était pas seulement une démonstration de force. C’était aussi un récit de vie. À 18 ans, Romelu était un jeune homme comme les autres, du moins en apparence, car il apprenait encore à conduire. SEAT et Marc Duez avaient entrepris de l’accompagner dans l’obtention de son permis de conduire, un parrainage de luxe pour un élève hors norme. Nous avons immortalisé cet apprentissage avec une série de photos pleine d’humour. Nous avons installé un panneau « Auto-école » sur le toit de la Seat. Romelu au volant, mimant une surprise totale et un freinage d’urgence, tandis que Marc Duez, en passager, jouait la comédie de la frayeur, les mains près du visage comme s’il craignait la collision. Cette complicité entre le pilote chevronné et le jeune footballeur a offert des clichés rafraîchissants, loin de l’image parfois trop lisse des stars du sport. Ces photos ont d’ailleurs fait le bonheur de titres comme Humo et P-Magazine.

Romelu Lukaku au volant d'une Seat auto-école, mimant la surprise, avec Marc Duez en passager faisant mine d'avoir peur.
Un moniteur de luxe pour un élève hors norme : Romelu apprend la conduite avec Marc Duez.

Un souvenir personnel : Les 10 ans de mon fils (H2)

Au-delà de l’aspect professionnel et des exigences des médias (il a fallu gérer les interviews pour la RTBF et les magazines entre deux prises de vue), cette journée du 21 mai 2011 reste gravée dans mon cœur pour une raison plus intime. C’était le dixième anniversaire de mon fils. Généralement, je tiens à ce que mes plateaux restent des lieux de travail stricts. Mais ce jour-là, j’ai fait une exception. Mon fils a pu nous rejoindre pour la dernière heure de shooting au studio. Ce moment reste l’un de mes plus beaux souvenirs : voir mon garçon de 10 ans subir trois « petits ponts » successifs de la part du futur meilleur buteur de l’histoire des Diables Rouges, le tout dans une ambiance de rires et de bienveillance. Romelu a prouvé ce jour-là qu’au-delà de l’athlète phénoménal qui « valait 25 millions », il était avant tout un homme intelligent, humble et d’une incroyable gentillesse.

Quinze ans plus tard, en regardant ces archives, je réalise la chance d’avoir pu poser mon regard sur ce début de légende. Ces photos ne sont pas que des images ; elles sont le témoignage d’une époque où tout était encore à écrire.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *