Elvis Pompilio est sans conteste l’une de ces rencontres qui marquent une carrière de photographe. Notre collaboration, à la fin de l’année 2001, reste gravée dans ma mémoire comme l’un de ces moments de grâce où l’audace d’un sujet hors norme rencontre l’exigence technique de l’objectif. À cette époque, j’avais reçu une commande de La Libre Match, l’édition belge de Paris Match, pour réaliser un portrait de fond sur le célèbre chapelier. Ce qui ne devait être, au départ, qu’une séance de commande institutionnelle s’est rapidement transformée en une aventure humaine et artistique mémorable, brisant les codes du portrait classique.

L’antre du chapelier Elvis Pompilio et son musée à ciel ouvert
Tout a commencé par un repérage. Elvis Pompilio habitait alors à deux pas de chez moi, dans le centre de Bruxelles. En franchissant le seuil de son domicile, un loft vertigineux s’étendant sur deux ou trois niveaux, j’ai eu l’impression de pénétrer dans un cabinet de curiosités moderne. C’était un véritable musée personnel, saturé d’œuvres d’art et d’objets chinés. C’est là que mon regard s’est posé sur une pièce étrange : un petit faon empaillé, orné d’un bandage blanc. Une œuvre d’art, m’expliqua-t-il, à la fois fragile et décalée. Comme nous avions en tête de mettre en scène Elvis en « Roi Soleil » dans l’intimité d’une chambre, l’idée d’intégrer ce « Bambi au bandage » s’est imposée d’elle-même. Ce contraste entre la majesté du personnage et l’absurdité de l’accessoire posait déjà les bases de notre collaboration.

Le Rouge Fluo et l’Urinoir : Le Surréalisme à la Belge
Elvis Pompilio ne connaît pas la demi-mesure. Adepte du décalage, il m’a entraîné dans ses toilettes, un espace réduit mais visuellement explosif, dont les murs étaient peints d’un rouge fluo saturé, presque hypnotique. Sans l’ombre d’une hésitation, il a enfilé un vieux maillot de bain rayé une pièce, vestige du début du XXe siècle, s’est paré d’une bouée de sauvetage et a mimé un plongeon spectaculaire… dans son propre urinoir.
Cette spontanéité m’a poussé à aller plus loin. Nous avons quitté le confort du loft pour descendre en plein milieu du boulevard Anspach. Là, sous le regard médusé des passants et dans la lumière crue de Bruxelles, Elvis a posé nu, ses attributs masculins simplement dissimulés par l’un de ses célèbres chapeaux. Cette image, à la fois osée, élégante et profondément « bruxelloise », a fini par faire la couverture de La Libre Match. C’était la preuve que la confiance entre un photographe et son modèle peut briser toutes les barrières de la pudeur.

La Rigueur du Studio et l’Héritage du 6×6
La seconde partie du reportage s’est déroulée dans mon propre espace. À l’époque, je disposais d’un loft de 230 m² en centre-ville, dont une belle partie était dédiée à mon studio photo. J’y avais installé mes éclairages et mes fonds sur autopôles, créant un environnement plus structuré. Pour rendre hommage à la diversité de son talent, je lui ai proposé un défi : sélectionner douze chapeaux emblématiques pour réaliser une série de douze portraits serrés. C’était un inventaire de la folie créative : des bibis sophistiqués, des formes loufoques, et une casquette à paillettes saturée de badges d’époque. Je travaillais alors avec mon fidèle Hasselblad 500CM, un boîtier moyen format 6×6 qui exige une précision chirurgicale. Chaque déclenchement était pensé, chaque ombre sculptée.

Au milieu de cette effervescence, un moment de pure tendresse est venu s’immiscer. Mon fils, qui n’avait que quelques mois, était présent. Elvis l’a pris dans ses bras et lui a délicatement posé sur la tête un petit bonnet tricoté orange. Mon fils possède toujours ce bonnet aujourd’hui. Dans la série finale des douze clichés, cette photo est la seule où Elvis Pompilio apparaît tête nue. Un symbole fort : l’homme s’effaçait devant la transmission et l’enfance.

Star Academy et Géométrie Artistique
Je me souviens d’un détail savoureux qui ancre cette séance dans son temps. Nous étions en fin d’après-midi, la lumière déclinait, et Elvis m’a dit : « Michel, je veux bien continuer, mais à une condition : on allume la télévision. Une nouvelle émission commence, je suis fan, ça s’appelle la Star Academy. » Nous étions fin 2001, je n’en avais jamais entendu parler. C’est Elvis qui m’a transmis le « virus » de la saison 1 alors que nous continuions à shooter pendant les pauses de publicités.

Le résultat final fut une double page d’une grande force graphique. Les douze portraits en format carré s’interrogeaient, créant un dialogue visuel entre les chapeaux et les expressions d’Elvis Pompilio. Ces images ont eu une vie bien au-delà de la presse : je les ai fait encadrer pour ma toute première exposition comme photographe professionnel à Bruxelles, consacrée aux personnalités francophones du pays. Ce reportage n’était plus seulement du journalisme ; c’était devenu une œuvre d’art, le témoignage d’une époque où tout semblait possible derrière un objectif.
FAQ : Les Coulisses du Portrait d’Elvis Pompilio
Qui est Elvis Pompilio ?
Elvis Pompilio est un célèbre chapelier belge de renommée internationale. Connu pour ses créations audacieuses et son style surréaliste, il a collaboré avec les plus grandes stars mondiales et les maisons de haute couture.
Quel matériel photo a été utilisé pour ce shooting d’Elvis Pompilio ?
Pour garantir une qualité d’image exceptionnelle et un grain unique, Michel Gronemberger a utilisé un boîtier Hasselblad 500CM (format 6×6 moyen format), une référence pour le portrait de prestige.
Où se trouve le studio de Michel Gronemberger à Bruxelles ?
Spécialisé dans le portrait de célébrités, Michel Gronemberger photographe haut de gamme en Belgique, réalise ses prises de vues dans son studio privé à Bruxelles ou en déplacement pour des projets éditoriaux internationaux.
Pourquoi privilégier le moyen format pour le portrait de prestige ?
Le choix du moyen format, qu’il soit argentique (comme le Hasselblad 500CM utilisé pour Elvis Pompilio) ou numérique, repose sur la taille de la surface sensible. Plus le plan film (ou le capteur) est grand, plus la définition, la richesse des détails et la douceur des dégradés de lumière sont exceptionnelles. Cette technologie permet d’obtenir un rendu unique, une profondeur de champ plus subtile et une signature visuelle « haut de gamme » que les appareils standards ne peuvent égaler.