Le boudoir urbain s’incarne ici dans une scène d’une intensité cinématographique rare, capturée sur l’une des avenues les plus prestigieuses de Bruxelles. Dans cette composition en noir et blanc, le mouvement devient un outil de dévoilement. Une jeune femme traverse le cadre, son regard dissimulé derrière des lunettes noires, tenant fermement la laisse de deux dalmatiens impétueux. Sous la traction des chiens qui tirent vers l’avant, son manteau en mouton retourné de luxe s’entrouvre accidentellement, laissant entrevoir le raffinement d’un body et d’un porte-jarretelles La Perla. Ce contraste saisissant entre la protection brute du cuir et la fragilité de la dentelle définit une féminité à la fois libre, sophistiquée et résolument moderne.

Le boudoir urbain : Une narration entre luxe et mouvement
En tant que photographe boudoir, ma quête consiste à explorer l’intimité sous toutes ses formes, y compris lorsqu’elle s’invite avec audace dans l’espace public. Ce cliché « Snapshot » rompt avec les codes du studio pour embrasser l’énergie de la rue. Juchée sur ses talons aiguilles, la main ferme face à la puissance des dalmatiens, le modèle transforme une simple promenade en une déclaration de style. Ici, le glamour ne réside pas dans la pose figée, mais dans l’instant volé, dans la tension entre la maîtrise et l’imprévu. C’est la signature de cette série : utiliser le décor urbain bruxellois comme un révélateur de la personnalité et du luxe.

Un écho au glamour urbain d’Émilie Dupuis
Cette nouvelle exploration du boudoir urbain entretient un dialogue direct avec le glamour urbain d’Émilie Dupuis. Là où Émilie défiait le tumulte de la Rue de la Loi dans une robe dos nu de Johanne Riss avec une pose sculpturale et maîtrisée, cette mise en scène avec les dalmatiens privilégie l’instinct. Dans les deux cas, le noir et blanc sert de fil conducteur pour éliminer le superflu et ne garder que l’essence de la ligne. Nous retrouvons cette même volonté de confronter une élégance « haute couture » à la rigueur de l’architecture citadine, créant ainsi une vision de la mode urbaine où la femme ne subit pas la ville, mais la domine par sa seule présence.

Le contraste avec le Dark Glamour de Sophie Pendeville
Si cette scène en extérieur mise sur la lumière et le mouvement, elle s’oppose radicalement à l’atmosphère feutrée et mystérieuse du Dark Glamour de Sophie Pendeville. Chez Sophie, l’érotisme et l’élégance se jouaient dans le huis clos d’une maison de maître, entre ombres portées et tension dramatique (revolver, verre de whisky, reflets de miroir). Ici, le danger et le luxe ne sont plus suggérés par des accessoires narratifs, mais par la force brute des animaux et la liberté du corps en mouvement. Là où Sophie incarnait la « femme fatale » du film noir, cette jeune femme aux dalmatiens représente une version plus sauvage et instinctive de la féminité, une émancipation qui s’affiche sans fard au grand jour.

Une audace insolente face à la douceur de Sandrine Scourneau
Enfin, cette série vient compléter la facette solaire et complice illustrée par mon travail avec Sandrine Scourneau. Le portrait boudoir de Sandrine reposait sur la transparence, le sourire et une espièglerie communicative. Ici, nous passons de la complicité du studio à une audace presque insolente. La jeune femme n’invite pas le spectateur dans sa bulle ; elle traverse la ville avec une indifférence souveraine, laissant sa lingerie fine La Perla être aperçue comme un secret que l’on ne peut saisir qu’au vol. C’est la preuve que le portrait féminin peut revêtir des formes multiples : de la douceur rassurante du boudoir classique à l’affirmation de soi la plus provocante au cœur de Bruxelles.
L’exigence du Fine Art : Du mouvement au Diasec
Pour que ce boudoir urbain conserve toute sa force organique, chaque étape technique est cruciale. Comme pour l’ensemble de l’exposition « Snapshots », cette image a été pensée pour dépasser le cadre du numérique. Le grain du noir et blanc vient lier la texture du manteau en mouton retourné aux courbes délicates du corps. Pour sublimer ce contraste, la photographie est destinée à un tirage argentique manuel de prestige, puis scellée sous Diasec. Ce procédé, en emprisonnant l’œuvre entre deux plaques de plexiglas, lui donne une profondeur et une brillance qui magnifient le mouvement des chiens et l’éclat de la lingerie, transformant cet instant de vie urbaine en une véritable pièce de collection intemporelle.