Gérald Watelet : Les coulisses d’une photo culte pour Paris Match

Gérald Watelet n’est pas seulement l’animateur emblématique de « C’est du Belge » sur la RTBF ; il est, pour beaucoup, le Maître Belge du savoir-vivre. Lorsqu’il a été décidé qu’il présenterait son émission culte depuis son propre appartement bruxellois, j’ai été missionné par Paris Match pour réaliser un reportage exclusif. L’objectif était de dépasser le simple portrait à domicile pour créer une image forte : une mise en scène d’ubiquité digne d’une double page de magazine.

L’art de l’ubiquité : Sept Gérald à table

Pour ce shooting réalisé un 24 décembre, je voulais éviter les clichés traditionnels. Gérald Watelet dans son salon ou à côté de son ficus, c’était trop prévisible. Connaissant son goût immodéré pour la décoration et l’art de recevoir, je lui ai proposé un défi technique : une table de fête exceptionnelle où tous les convives seraient… lui-même.

C’est ainsi qu’est née cette photo d’ubiquité. Autour d’une table dressée avec une finesse absolue, rehaussée par le luxe du Caviar Petrossian, du homard et du champagne, sept « Gérald » partagent un moment de fête. De l’amphitryon dissipé en smoking rouge au maître d’hôtel dépité servant ses propres sosies, chaque personnage a été pensé pour créer une narration visuelle fluide et pleine d’humour.

Gérald Watelet à table en sept exemplaires pour un reportage Paris Match.
Sept fois Gérald Watelet : une mise en scène spectaculaire autour de l’art de recevoir.

La technique : Vitesse lente et lumière tournante

Techniquement, une telle image demande une précision chirurgicale. Pour que le montage Photoshop soit invisible, la règle d’or est la fixité absolue. L’appareil photo est resté scellé sur un trépied lesté, garantissant qu’aucun millimètre ne bouge entre les sept prises de vue.

Le véritable défi résidait dans l’équilibre des lumières. Pour conserver l’âme de l’appartement bruxellois, j’ai travaillé avec une vitesse d’exposition assez lente. Ce réglage est crucial : il permet au capteur de « boire » la lumière d’ambiance des lampes à poser et des bougies, évitant ainsi l’effet « trou noir » derrière les sujets. Pour éclairer Gérald, j’ai fait tourner une seule source de lumière (un flash avec une boîte à lumière) autour de la table. À chaque nouvelle position de Gérald, je déplaçais mon éclairage pour sculpter son visage tout en veillant à ne pas créer d’ombres portées incohérentes sur les zones où il s’assiérait lors de la prise suivante.

Gérald Watelet assis dans son salon décoré d'antiquités à Bruxelles.
Dans l’intimité de Gérald Watelet : un salon aux allures de cabinet de curiosités.

La direction artistique au service du montage

Pour que la magie opère sur Photoshop, la direction d’acteur est aussi importante que le réglage du diaphragme. Pour ne pas perdre de temps en postproduction, chaque pose de Gérald Watelet devait être millimétrée. Il fallait qu’il communique avec « lui-même » : un regard vers la gauche, un rire vers la droite, une main tendue vers un verre qui sera tenu par son double.

Le stylisme a joué un rôle moteur. En changeant de vêtement pour chaque rôle, smoking noir, rouge ou vert, Gérald a donné corps à cette illusion. Ce travail de composition permet d’éviter les chevauchements trop complexes au moment du détourage, rendant l’image finale parfaitement crédible aux yeux des lecteurs.

Gérald Watelet en costume trois pièces bleu sur l'escalier de son appartement bruxellois.
L’élégance du Maître du savoir-vivre : Gérald Watelet dans le décor raffiné de son escalier mezzanine.

Un appartement, miroir d’un esthète

Au-delà de cette double page mémorable, le reportage visait à faire découvrir l’univers de Gérald. Entre ses casquettes d’animateur, de chef et de couturier, il est aussi un décorateur d’intérieur passionné et un amateur d’antiquités reconnu. Dès le hall d’entrée, le ton est donné. On y croise un Gérald plus décontracté, en tenue Crossword, mais dont l’œil de décorateur n’a laissé aucun détail au hasard. Entre les chandeliers en porcelaine bleue qui encadrent un tableau classique et la table en marbre ponctuée d’un luminaire au design contemporain, l’entrée est une invitation à découvrir l’harmonie des contrastes qui règne dans tout l’appartement.

Gérald Watelet en tenue casual Crossword dans le hall d'entrée de son appartement.
Élégance décontractée : Gérald Watelet nous accueille chez lui en tenue Crossword.

L’atmosphère feutrée de son salon, digne d’un antiquaire de la place du Grand Sablon, a été captée en lumière naturelle mixée à un éclairage d’appoint très doux pour ne pas dénaturer l’âme du lieu. Gérald n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’il porte un costume trois pièces parfaitement coupé. En le photographiant sur les premières marches de son escalier, j’ai voulu créer une ligne verticale qui répond à la collection de miroirs et de porcelaines qui ornent le mur.

Gérald Watelet assis devant son secrétaire ancien, écrivant entouré de tableaux modernes.
L’instant de réflexion : Gérald Watelet dans son coin bureau, entre tradition et modernité.

Gérald est aussi un homme de plume et de réflexion. En le photographiant à son secrétaire, entouré de ses tableaux modernes et à la lueur des chandeliers, j’ai voulu saisir cette atmosphère de cabinet de travail. C’est ici, entre deux antiquités et une œuvre d’art contemporaine, que se préparent sans doute ses prochaines chroniques. Enfin, dans son coin bibliothèque, l’art du mélange atteint son apogée : des étagères au design des années 70 encadrent une tapisserie ancienne, illustrant parfaitement son talent de décorateur éclectique.

Gérald Watelet posant dans son salon bibliothèque avec tapisserie et étagères vintage.
L’art du mélange : Gérald Watelet entre design des années 70 et tapisserie ancienne.

Il n’est d’ailleurs pas étonnant de le retrouver aujourd’hui parmi les acheteurs vedettes de l’émission « Affaire Conclue »sur France Télévisions. Son œil pour les objets d’art et son sens de la mise en scène, que j’ai pu observer de près dans son salon, font de lui un expert naturel dans le monde des enchères. Son appartement n’est pas qu’un décor de télévision pour la RTBF, c’est une véritable galerie où chaque meuble raconte une histoire.

La photographie de personnalité : Se démarquer par le concept

Dans le métier de photographe de presse, la concurrence est rude. Pour un sujet comme l’appartement d’une star, on sait que d’autres confrères passeront après nous. Pour séduire le rédacteur en chef de Paris Match, il faut proposer une vision audacieuse.

Passer du dynamisme d’un shooting avec François Damiens ou de la rigueur d’une Photo Officielle du Roi Philippe à la mise en scène fantaisiste de cet appartement bruxellois demande une grande adaptabilité. Cette facette urbaine complète d’ailleurs parfaitement une autre facette de sa personnalité que j’avais pu explorer lors de notre shooting Gérald Watelet, l’élégance Gentleman Farmer au château.

C’est cette capacité à sculpter la lumière pour servir un concept, quel que soit le décor, qui transforme un simple reportage en un souvenir impérissable. Huit ans après, cette table de fête d’ubiquité reste l’un de mes plus beaux défis techniques. »

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