Pour ce portrait de Sandrine Scourneau, tout a commencé par une quête de longue haleine. En tant que photographe professionnel, le repérage est essentiel, et j’avais identifié un lieu hors du temps, chargé d’une esthétique industrielle unique : les émetteurs radio de la RTBF aux Antennes de Wavre. Ce bâtiment, dont l’architecture et les installations datent de 1953, dégage une atmosphère de « guerre froide » et de technologie analogique fascinante. Il me manquait simplement la « victime » idéale pour créer le contraste parfait entre ce passé de métal et le glamour contemporain. Ce rôle a été magnifiquement incarné par Sandrine Scourneau, lors de cette production devenue mémorable.

La rencontre du vintage et de la « Geek » de la RTBF
Sandrine Scourneau incarnait alors la modernité absolue à la chaîne publique avec son émission No Limit, scrutant le web, les applications et les buzz numériques. Faire poser la « geek » de la RTBF au cœur de l’ancêtre technologique de sa propre maison était un clin d’œil irrésistible.
Après un simple coup de fil, Sandrine, séduite par l’originalité de ce lieu méconnu (même par une grande partie du personnel de la RTBF), a accepté de relever le défi. L’objectif était clair : transformer cette régie de secours, prête à émettre en cas de conflit majeur, en un plateau de mode chic, glamour et résolument moderne.

Le métier de producteur photo : Gérer l’excellence
Ce shooting est l’exemple parfait de ce que j’aime dans mon métier : la production globale. Réaliser une image pour Paris Match ne s’arrête pas au déclenchement de l’obturateur. En tant que producteur, je supervise chaque détail de la chaîne créative :
- Le repérage et la sécurisation de lieux insolites.
- Le choix de l’équipe artistique (maquillage, coiffure).
- La direction stylistique pour assurer une cohérence visuelle forte.
Pour cette session, j’ai fait appel à Justine Lepoutère, l’une des meilleures stylistes photo en Belgique. Notre complicité créative remonte à loin, notamment avec notre collaboration mémorable sur les trains à vapeur avec Emilie Dupuis. Le travail d’équipe avec une styliste de ce calibre est crucial : elle doit comprendre l’âme du lieu pour proposer des silhouettes qui le subliment.

L’élégance des grandes maisons : De Paco Rabanne à l’audace de l’époque
Le choix des pièces était crucial pour briser la rigueur du lieu. Parmi les silhouettes fortes de ce shooting, je garde un souvenir précis de cette robe sculpturale de Paco Rabanne. À l’époque, elle provenait du célèbre concept-store Smets à Bruxelles, une véritable institution du luxe qui a marqué l’histoire de la mode dans la capitale. Utiliser des griffes comme Valentino ou Paule Ka dans un environnement brut de 1953 crée ce choc visuel qui est la signature de mes productions : le luxe n’est jamais aussi puissant que lorsqu’il est sorti de son cadre habituel.
La photo réalisée au cœur de la centrale électrique où Sandrine se tient debout, impériale en talons hauts au milieu des fumées avec cette robe sublime de Paco Rabanne reste pour moi un moment fort. La précision chirurgicale des cadrans d’époque et la rigueur des structures métalliques répondent parfaitement à la coupe millimétrée de cette création iconique. C’est dans ce contraste entre l’énergie brute, presque électrique, qui émane du sol et l’élégance absolue du stylisme que l’image prend toute sa dimension.

Un patrimoine visuel pour le futur
Bien que Sandrine Scourneau soit aujourd’hui plus discrète médiatiquement, cette production conserve une valeur immense à mes yeux. Elle documente un patrimoine industriel belge (les antennes de Wavre) tout en illustrant une époque de la télévision publique.

Pour mon Journal, cet article témoigne de ma capacité à orchestrer des projets complexes où la logistique, le stylisme et l’histoire se rencontrent. C’est cette même expertise que j’apporte aujourd’hui dans mes projets numériques : savoir raconter une histoire forte, qu’elle soit sur papier glacé ou sur un écran WordPress.
