Vanina Ickx, au volant d’un bolide taillé pour les dunes du désert, en plein cœur des embouteillages bruxellois : l’image a de quoi marquer les esprits. Ce n’est pas tous les jours que la capitale de l’Europe voit vrombir le Buggy VW de Stéphane Henrard entre deux feux rouges. À l’époque, l’idée paraissait folle, presque irréelle. Pourtant, voir Vanina dompter ce monstre d’acier sur le pavé bruxellois était une évidence pour qui connaît son audace et son talent. Faut-il ce genre de véhicule pour survivre dans la jungle urbaine de Bruxelles ? Évidemment non. Mais pour illustrer le chaos des travaux du RER et l’absurdité du trafic quotidien, le contraste était saisissant. Ce shooting n’était pas seulement une performance technique, c’était une mise en scène artistique de la résilience urbaine.

Le chantier du RER : Premier décor pour Vanina Ickx, première émotion
L’aventure a débuté aux abords de la ville, précisément à Hoeilaart, sur l’un des nombreux chantiers du RER. Stéphane Henrard, avec la précision qu’on lui connaît, avait positionné son Buggy sur une butte de sable instable, juste à côté des voies ferrées. Le décor était planté : de la terre, de l’acier, et ce ciel belge si particulier. C’est à cet instant précis que Vanina Ickx a pris les commandes. Dès qu’elle s’est installée dans le baquet, l’atmosphère a changé. La pilote a laissé place à l’icône. Pour cette première photo de la journée, il fallait capturer cette fusion entre la machine et la femme de défi. Le sable volait, le moteur rugissait, et mon objectif cherchait l’angle parfait pour immortaliser ce « Dakar miniature » en périphérie bruxelloise.

L’adrénaline du Rond-point Schuman : 30 minutes de sursis
Nous avons ensuite mis le cap sur le quartier européen, au Rond-point Schuman. Pour un photographe professionnel, c’est un terrain de jeu redoutable. Entre le Conseil Européen et la Commission, le timing était plus que serré. J’avais exactement trente minutes, le temps de la pause des ouvriers, pour réaliser le cliché parfait au-dessus de la sortie du tunnel de la rue de la Loi. Le stress était palpable. Il a fallu orchestrer un ballet logistique en un temps record : placer les palettes, installer les panneaux de signalisation, positionner le Buggy millimètre par millimètre, et surtout, déployer mon éclairage de studio. Sur les trente minutes allouées, l’installation m’en a pris vingt-cinq. Il me restait cinq petites minutes pour shooter avant que les chefs de chantier ne nous fassent évacuer. Le mouvement des roues que vous voyez sur l’image finale ? Une petite magie de la post-production. La voiture était bien sûr à l’arrêt complet pour des raisons de sécurité évidentes. Nous ne voulions tout de même pas transformer notre « comédien » improvisé en cascadeur malgré lui !

Du tunnel de la Loi au Mont des Arts : Le spectacle continue
Le périple nous a ensuite menés dans les entrailles de la ville. Nous avons eu l’opportunité rare d’accéder au tunnel de la Loi, fermé à la circulation pour les travaux du RER. Travailler dans ce tunnel désert, habituellement saturé, offrait une ambiance de fin du monde qui sublimait les lignes agressives du Buggy. Pour clore cette journée intense, nous nous sommes installés au Mont des Arts. C’est ici que l’impact visuel a été le plus fort. Entre les touristes médusés et les Bruxellois en promenade, le bolide de Stéphane Henrard n’est pas passé inaperçu. Voir ce véhicule de rallye-raid devant l’un des plus beaux panoramas de la ville créait un décalage surréaliste, presque cinématographique.

L’envers du décor : La technique au service de l’image
D’un point de vue purement technique, mon ambition était de donner une véritable « pêche » visuelle à chaque cliché. Je ne voulais pas me contenter de la lumière ambiante, souvent plate sur un chantier. J’ai donc utilisé mes flashes de studio pour sculpter les volumes et faire ressortir les détails mécaniques du Buggy. Mais un défi de taille se posait : l’alimentation électrique. Impossible de tirer des centaines de mètres de câbles dans les décombres du RER ou au milieu de la rue de la Loi. J’ai donc emmené un petit groupe électrogène Honda.
L’astuce du pro : Utiliser un groupe électrogène pour des flashes de studio est délicat. N’importe quel modèle ne fait pas l’affaire. Il faut une tension parfaitement régulée (technologie Inverter) au risque de griller les condensateurs de vos générateurs de flash à cause des variations de tension. C’est un investissement indispensable pour garder sa liberté de création en extérieur.

Un souvenir impérissable : Entre Paris Match et émotion familiale
Ce reportage exceptionnel a trouvé son écrin dans les pages de Paris Match. Le magazine y a consacré six pages, dont deux doubles pages monumentales. Le titre résumait parfaitement notre intention : « C’est le Dakar de tous les jours à Bruxelles ». Mais au-delà de la réussite éditoriale et technique, je garde de cette production un souvenir humain très fort. Travailler avec des personnalités aussi accessibles et professionnelles que Vanina Ickx et Stéphane Henrard est un privilège.

Stéphane a d’ailleurs offert ce jour-là le plus beau des cadeaux à mon fils, qui nous accompagnait (vacances oblige). Le fiston a passé la journée à bord du Buggy, baladé dans les rues de Bruxelles par un champion de rallye. Les sauts et les accélérations dans cette machine de course ont laissé dans ses yeux des étoiles qui brillent encore aujourd’hui. Stéphane, si tu lis ces lignes, sache que le « fiston » s’en souvient comme si c’était hier. Merci encore pour lui.
Ce shooting reste, des années plus tard, l’une de mes productions préférées : un mélange parfait de défi technique, de lieux iconiques et de rencontres vraies.
Pour aller plus loin : La magie de la lumière en extérieur
Si cette maîtrise technique de l’éclairage en extérieur vous a captivé, je vous invite à découvrir comment cette même « magie » opère dans des contextes radicalement différents, où la lumière de studio vient sublimer la réalité. Laissez-vous séduire par l’univers Glamour, chic et rétro d’Émilie Dupuis, où chaque éclat est sculpté pour créer une image intemporelle, ou évadez-vous avec le portrait complice du couple de journalistes de la RTBF, Ophélie Fontana et Vincent Langendries, réalisé sous le soleil éclatant de l’île Maurice. Deux facettes d’un même savoir-faire : transformer un décor naturel en un véritable plateau de cinéma.